Je pleurais souvent la nuit. Et lorsque je me réveillais, c'est ta place qui était pleine de larmes.
Je me demande si ça se voit. La tristesse.
Mes yeux étaient-ils petits, mes joues rouges, ou mon sourire un peu cassé? Ma voix s'était-elle brisée lorsque seule j'avais voulu dire ton nom?
La colère était restée enfouie. Les larmes n'avaient coulé qu'une seconde et pourtant mon c½ur regorgeait de douleur. Et je t'avais haï. Détesté comme jamais, comme personne. De tout mon être qui à cet instant ne demandait qu'à disparaître. Haï d'être partie, de me laisser seule, et de prendre avec toi la meilleure partie de moi-même. C'était une torture. Un chagrin continu et oppressant qui ne cessait de dévorer nos rêves et mon amour.
Mais la douleur nous transforme. Je n'en avais rien à foutre de Dieu, de l'éternité, des plaisirs simples, de la raison, du bonheur. De toute façon, le mien s'était perdu en route. Alors je les observais, je regardais à quel point leur innocence pouvait être ridicule et leurs mots sans signification. Je me savais cruelle, cynique parfois mais le temps nous entraine. Enfin il paraît... Et j'avais beau vivre et rester de glace, l'apparence compensait l'insoutenable. Vivre sans toi ne convenait qu'à reculer à chaque pas fait vers l'avant. C'était sourire sans les dents, pleurer avec trop de larmes, chercher l'introuvable et t'aimer sans te le dire. Ca se résumait à l'insoutenable.
La Foule étouffe mon corps de poupée. Elle m'entoure et me serre sans cesser d'avancer. Et moi je reste là, stoïque, et profondément inconsolable. Petit à petit nos rêves s'évaporent et nos idées se fanent. Doucement je me brise. La fragilité et la délicatesse ne me définissent pas. Mais toi tu sais bien. Le marbre aussi s'abime.



