Et elle avait hurlé.
À l'approche de la mort, elle avait fuit, craignant de ne pas supporter. Elle avait trop pleuré et j'étais devenue spectatrice de son malheur. Assise à côté d'elle, je l'avais serré de toutes mes forces, étreignant sa tristesse et balayant ses pleurs. Et j'avais cru la consoler, je l'avais voulu plus que tout au monde, mais les efforts n'avaient pas vaincu les excès de peine. Parfois tout se bouscule, s'oppose et seuls, on se retrouve au milieu de rien.
Et elle avait cru mourir.
Lorsque le départ avait sonné, elle s'était accrochée. Et peu importait sa force, la puissance de l'obligation l'avait arraché à ce qu'elle aimait le plus. Ce n'était plus la tristesse dû à la vie. Ce n'était plus un malheur dû à la fatalité, mais un trou immense et vide qui s'était creusé dans sa poitrine. Poignardant petit à petit chaque particules qui l'empêchait de se laisser tomber. Telle un zombie sur une terre trop grande pour y errer, elle scrutait chaque personnage, à la recherche d'une ouverture. Trébuchant parfois, se relevant difficilement, toujours un peu plus courbée.
Comme perdue dans sa musique, comme plongée dans les mensonges d'un bon livre, elle avait vu défiler les heures, puis les semaines et enfin les mois sans jamais se redresser.
Et elle avait vécu.
Le visage hagard et les yeux abîmés, elle avait croisé mon regard. Ne sachant pas vraiment quoi faire, elle avait couru et s'était jetée dans mes bras. Les hurlements n'avaient pas cessé, mais au moins, elle était vivante.



